Artis Valorisation

Évaluer une pharmacie : marge, rentabilité et activité

L’évaluation d’une officine demande de lire le chiffre d’affaires avec sa composition, sa marge et ses charges. Le rôle du titulaire, l’équipe, les relations locales et les conditions d’exploitation complètent cette analyse. Les références sectorielles servent alors de point de comparaison, avec un périmètre clairement défini pour le fonds ou les titres.

Données de marché : millésime 2025, mises à jour en août 2026.

Pendant vingt ans, une officine s’estimait en pourcentage de son chiffre d’affaires taxes comprises. La règle avait le mérite de la simplicité : un chiffre, un coefficient, un prix. Elle est aujourd’hui abandonnée par ceux-là mêmes qui l’avaient popularisée. Interfimo, qui finance l’essentiel des acquisitions d’officines en France et publie chaque année l’étude de référence sur le marché, l’a formulé sans détour : la croissance des médicaments chers dans la composition du chiffre d’affaires a ôté toute pertinence à ce ratio.

Pour un titulaire, la conséquence est pratique : la valeur se lit d’abord dans la marge et dans l’excédent d’exploitation.

01

Chiffre d’affaires, marge et prix de cession en 2025

En 2025, le chiffre d’affaires moyen d’une officine française a progressé de 5,62 %, pour s’établir autour de 2 656 000 euros. Sur la même période, le prix moyen de cession a reculé de 6,84 %, autour de 1 661 000 euros.

Une hausse de près de six points d’un côté, une baisse de près de sept de l’autre. L’évolution du chiffre d’affaires doit être rapprochée de celle de la marge, des charges et des références de cession. En 2025, les deux évolutions vont en sens contraire, et la composition du chiffre d’affaires aide à le comprendre.

Indicateur, moyenne 2025ValeurÉvolution
Chiffre d’affaires2 656 100 €+ 5,62 %
Marge brute732 400 €taux de 27,57 %, en repli de 0,77 point
Masse salariale288 500 €+ 3,66 %, soit + 30 % en quatre ans
Excédent brut d’exploitation267 100 €10,06 % du CA
Prix moyen de cession1 661 000 €en baisse de 6,84 %
Deux pressions sur l’excédent

La croissance du chiffre d’affaires vient pour une large part de médicaments coûteux dont la marge est, en proportion, presque nulle : ils passent par le comptoir, ils gonflent le total, ils ne rémunèrent presque pas le travail de l’officine, et ils immobilisent de la trésorerie. Dans le même temps, la masse salariale a progressé de 30 % en quatre ans et absorbe désormais 39,4 % de la marge brute. L’excédent d’exploitation subit donc deux pressions : une marge qui ne suit plus le chiffre d’affaires, des charges de personnel qui le dépassent.

Une officine peut aujourd’hui afficher trois millions d’euros de chiffre d’affaires et dégager moins qu’une autre qui en fait deux. C’est l’une des raisons pour lesquelles les références de marché ont changé d’unité de mesure.

02

Les multiples observés en 2025

L’étude Interfimo portant sur 2025 a analysé 888 transactions, sur les 1 407 officines qui ont changé de mains dans l’année, un marché en progression de 9,5 %. Deux références en sont issues.

MéthodeOfficines de plus de 400 k€ de margeOfficines de moins de 400 k€
Multiple de marge brute2,68x1,88x
Multiple d’EBE retraitéenviron 7,2x5,8x
Dispersion, six transactions sur dix2,33x à 3,08x en marge5,5x à 9,1x en EBE
Notre référentiel, et la dispersion

Notre propre référentiel sectoriel retient, pour la pharmacie d’officine, une fourchette de 6,0 à 9,0 fois l’EBITDA retraité, avec une médiane à 7,5 fois. Il s’exprime en EBITDA retraité, une notion proche de l’excédent brut d’exploitation retraité des études Interfimo, dont le calcul peut différer selon les conventions retenues. Il est plus resserré que la dispersion observée par Interfimo, et c’est délibéré : une fourchette de valorisation n’a pas la même fonction qu’une statistique de marché. La première doit encadrer un dossier, la seconde décrit un marché. Nous citons les deux plutôt que d’en lisser une. Le détail figure dans notre référentiel de multiples par secteur.

Un mot sur cette dispersion, parce qu’elle est plus instructive que la moyenne. Selon la source consultée et le segment retenu, la moyenne du multiple d’EBE s’établit entre 7,2 et 7,4 fois : l’écart est faible, mais il existe, et il rappelle qu’un barème n’est jamais un fait, c’est une statistique. Surtout, six transactions sur dix se concluent entre 5,5 et 9,1 fois l’EBE. Autrement dit, deux officines au même excédent d’exploitation peuvent se vendre à des prix qui varient du simple au double et demi, et les quatre transactions restantes sortent encore de cet intervalle.

Le multiple ne fait donc pas le prix. Il en donne l’ordre de grandeur. Ce qui fait le prix, c’est ce qui explique la position d’une officine dans cette fourchette, et c’est là que commence l’analyse.

03

Sept facteurs à examiner, et les données à réunir

La composition de la marge.

Les honoraires de dispensation et les honoraires à l’ordonnance représentent désormais près de 8,6 % du chiffre d’affaires moyen, soit un peu plus de 228 000 euros par officine. Cette rémunération présente une qualité que la marge produit n’a pas : elle dépend du nombre de boîtes délivrées et non du prix des molécules, donc elle résiste aux déremboursements comme aux variations de prix. Une officine dont la marge repose largement sur les honoraires est structurellement moins fragile qu’une officine dont la marge dépend du prix des produits, et un acquéreur averti en tient compte.

Donnée à réunir : la ventilation de la marge entre honoraires et marge sur les produits.

Le poids des médicaments chers.

Symétriquement, une officine dont la croissance vient des traitements coûteux affiche un chiffre d’affaires flatteur, une marge en pourcentage médiocre et un besoin en fonds de roulement alourdi. Le chiffre d’affaires progresse sans que la valeur suive nécessairement.

Donnée à réunir : la part des traitements coûteux dans le chiffre d’affaires et leur marge.

La dépendance.

Un établissement d’hébergement pour personnes âgées, un centre de santé, un prescripteur unique installé au-dessus : chacun peut représenter une part considérable de l’ordonnancier, et chacun peut disparaître. La perte est alors une perte de marge sèche, sans réduction proportionnelle de charges. C’est l’un des facteurs de décote les plus marqués du secteur. Le mécanisme est le même que celui décrit dans notre analyse de la concentration client.

Donnée à réunir : la part de l’ordonnancier liée à chaque établissement ou prescripteur, et les contrats éventuels.

La démographie médicale du quartier.

Une officine ne vaut pas ses murs, elle vaut son ordonnancier, et l’ordonnancier vaut les médecins qui l’alimentent. Le départ à la retraite non remplacé de deux généralistes voisins ne se lit dans aucun compte au moment de la vente, et se lit dans tous ceux qui suivent.

Donnée à réunir : les prescripteurs du secteur et leurs perspectives de départ ou de remplacement.

Le bail.

Durée résiduelle, loyer rapporté à la marge brute et non au chiffre d’affaires, clause de destination, possibilité juridique de transférer la licence. Un loyer qui absorbe une part excessive de la marge pèse sur la valeur autant qu’une charge de personnel mal calibrée, et un bail court ajoute un risque pour l’acquéreur.

Donnée à réunir : le bail, son échéance et le loyer rapporté à la marge brute.

La structure de la masse salariale.

La moyenne du secteur est à 39,4 % de la marge brute. Une officine à 45 % a un excédent structurellement réduit. Une officine à 33 % pose la question inverse : s’agit-il d’une organisation réellement productive, ou d’un sous-effectif que le repreneur devra financer dès la première année ? Les deux hypothèses ne se valorisent pas de la même façon.

Donnée à réunir : les charges de personnel par fonction et le tableau des effectifs.

La place du titulaire au comptoir.

C’est un point souvent mal mesuré. La rémunération nette moyenne d’un titulaire s’établit autour de 61 900 euros, et tombe à 31 300 euros dans les officines de moins d’un million d’euros de chiffre d’affaires : ces montants sont sans commune mesure avec le coût d’un adjoint qui ferait le même travail. L’analyse doit préciser la place du titulaire et le coût des fonctions nécessaires à la continuité de l’exploitation. Le détail de ces corrections figure dans notre analyse de l’EBITDA normatif.

Donnée à réunir : l’organisation du titulaire, son temps de présence et les fonctions qu’il assure.

04

Du prix du fonds au produit net

Le prix du fonds n’est pas le produit net perçu par le titulaire. Le passage de l’un à l’autre dépend du type de cession et de la structure qui porte la dette.

Ce qu’il faut ajouter et retrancher

Les multiples décrits plus haut valorisent une officine, c’est-à-dire un fonds de commerce et son exploitation. Ils ne valorisent pas vos titres. Entre les deux se trouve un passage comptable qui peut représenter plusieurs centaines de milliers d’euros, et qui dépend entièrement de votre situation. Nous lui consacrons une analyse entière : de la valeur d’entreprise à la valeur des titres.

Il faut y ajouter le stock, valorisé séparément et à anticiper. Il faut y ajouter la trésorerie excédentaire, dans la mesure où elle n’est pas nécessaire au cycle d’exploitation. Il faut en retrancher les emprunts, à commencer par la dette d’acquisition résiduelle, les comptes courants d’associés, les dettes fiscales et sociales, les congés payés non provisionnés, un éventuel crédit-bail sur l’agencement ou le robot. Il faut enfin considérer la structure : selon que la cession porte sur le fonds détenu par la société ou sur les titres eux-mêmes, et selon qu’une société de participations financières porte ou non la dette, le produit net perçu par le titulaire varie considérablement, à prix de fonds strictement identique.

Deux pharmaciens qui vendent la même officine au même prix peuvent encaisser des sommes très différentes. Aucun barème ne dit cela.

05

Les données propres à votre officine

Les multiples publiés décrivent des transactions passées. Pour situer une officine, l’évaluation s’appuie sur ses données propres : comptes, ventilation de la marge, charges de personnel, bail, ordonnancier et organisation du titulaire.

Les limites de l’évaluation

Un fonds n’a pas de valeur exacte : son prix dépend d’un acquéreur, d’un financement et d’un moment autant que des comptes. L’évaluation établit une fourchette argumentée et expose ses hypothèses et ses limites, décrites dans notre méthodologie.

Un multiple de marché donne un ordre de grandeur, pas la position d’une officine.

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Le calculateur

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Questions fréquentes

Le pourcentage du chiffre d’affaires est-il encore utilisable ?

Comme indicateur de contrôle, mais pas comme conclusion. Une part de la croissance du chiffre d’affaires vient aujourd’hui de médicaments à marge faible : deux officines au même chiffre d’affaires peuvent avoir des marges brutes très différentes, donc des valeurs différentes. Les références de cession s’expriment désormais surtout en multiple de la marge brute et de l’excédent brut d’exploitation retraité.

Quelle est la différence entre EBE et EBE retraité ?

L’excédent brut d’exploitation figure dans vos comptes. L’excédent retraité corrige ce que la comptabilité ne dit pas de l’exploitation réelle : la rémunération du titulaire ramenée au coût de marché d’un adjoint qui ferait le même travail, les charges non récurrentes, les éléments personnels logés dans la société, un loyer qui s’écarte du marché. C’est à ce chiffre que s’applique le multiple d’excédent brut d’exploitation.

Le stock est-il compris dans le prix ?

Le traitement dépend du type de cession. Dans une cession du fonds, le stock se valorise et se paie séparément, en plus du prix du fonds. Le rapport doit rendre cette distinction explicite.

Une officine avec un EHPAD vaut-elle plus cher ?

Elle dégage souvent davantage, mais elle peut se valoriser avec une décote de dépendance. Un acquéreur raisonne sur ce qui reste si le contrat s’arrête, et la perte serait une perte de marge sèche. Plus la part de l’ordonnancier concentrée sur un seul prescripteur est élevée, plus la décote est forte.

Faut-il céder le fonds ou les titres ?

La question relève de votre conseil et de votre situation fiscale, et elle change le produit net perçu bien plus que le prix affiché. Ce que la valorisation doit fournir, dans les deux cas, c’est la valeur du fonds et le passage documenté vers la valeur des titres, poste par poste.

En combien de temps peut-on obtenir une valorisation documentée ?

Notre rapport est remis sous cinq jours ouvrés après réception du dossier complet et du règlement.

Sources

3
  1. Interfimo, étude annuelle sur le marché de la cession des officines, données 2025. Consulter (nouvel onglet)
  2. Synthèse de l’étude Interfimo 2026, 888 transactions analysées, 1 407 cessions, + 9,5 %. Consulter (nouvel onglet)
  3. Chiffres clés et ratios de gestion de l’officine, exercice 2025. Consulter (nouvel onglet)