Artis Valorisation

EBITDA normatif : les retraitements à examiner

Le résultat publié doit être examiné avant de servir de base à une valorisation. Rémunération du dirigeant, loyers, éléments non récurrents et périmètre d’activité peuvent nécessiter des ajustements, à la hausse comme à la baisse. L’objectif est de reconstituer un résultat représentatif, en expliquant chaque retraitement et les pièces qui le justifient.

La normalisation

Sept points d’examen, dans les deux sens

Une seule question

Quel résultat cette entreprise dégagerait-elle, dirigée par quelqu’un d’autre que vous, aux conditions du marché ?

La normalisation peut faire monter votre EBITDA autant que le faire descendre. Le rapport applique les deux sens avec la même rigueur.

01Les deux sens

La rémunération du dirigeant

Ce que vous vous versez, avantages compris, est remplacé par le coût d’un dirigeant salarié équivalent. C’est souvent le retraitement qui déplace le plus de valeur.

  • 40 000 € versés, vous vivez de vos dividendesde valeur en moins330 000 €
  • 200 000 € versés pour optimiser votre impositionde valeur en plus630 000 €

Dans cet exemple : dirigeant salarié équivalent à 95 000 € chargés, multiple de six.

Le calcul

40 000 € versés, à la baisse. Un dirigeant salarié coûterait 95 000 € chargés. L’EBITDA retenu baisse de 55 000 €, soit 330 000 € de valeur en moins à six fois.

200 000 € versés, à la hausse. Le poste normalisé revient à 95 000 €. L’EBITDA retenu monte de 105 000 €, soit 630 000 € de valeur en plus.

Le dirigeant qui cumule les fonctions

Président, directeur commercial et responsable technique à la fois : le poste normalisé doit couvrir les trois fonctions. L’argument est légitime, et il se documente avec des faits : le temps passé, les affaires signées, les dossiers traités.

02Les deux sens

Les loyers versés à une SCI liée

Le loyer versé à une SCI liée doit être comparé aux conditions de marché. S’il s’en écarte, il est remplacé par un loyer de marché.

Dans quel sens, et les murs ?

Loyer faible : la rentabilité affichée baissera si l’acquéreur paie un loyer de marché, et l’EBITDA normatif baisse. Loyer élevé, souvent pour remonter de la trésorerie vers la SCI : il monte.

Les murs se valorisent à part : l’exploitation comme si elle était locataire, l’immobilier sur des références de marché immobilier. Les mélanger expose à compter la même valeur deux fois, ou à en perdre une.

03À la hausse

Les charges non récurrentes

Litige soldé, restructuration, sinistre, acquisition avortée : ce qui ne se reproduira pas est réintégré.

Deux conditions

Le caractère non récurrent doit être démontrable : un contentieux prud’homal tous les deux ans dans une entreprise de quarante salariés est un coût structurel.

Le montant doit être justifiable par une facture, un jugement, une écriture identifiable : un retraitement estimé de mémoire résiste mal à un audit.

04À la baisse

Les produits non récurrents

Plus-value de cession, subvention exceptionnelle, reprise de provision, indemnité d’assurance : ce qui ne vient pas de l’exploitation est retiré, s’il figure dans l’agrégat de départ.

Souvent oublié

Ils se repèrent à la lecture des comptes et de leur annexe. Les signaler vous-même vaut mieux que se les faire retrouver.

05À la hausse

Les dépenses discrétionnaires

Véhicules hors exploitation, déplacements mixtes, frais de représentation : réels et légaux, mais un acquéreur ne les reprendrait pas. Ils sont réintégrés.

Son effet, et sa justification

Chaque euro justifié ici ajoute un euro à l’EBITDA retenu, soit six euros de valeur à un multiple de six. Les dépenses à examiner doivent être identifiées et documentées, en précisant leur lien avec l’activité et leur maintien éventuel après l’opération.

06Au cas par cas

Les aides et crédits d’impôt récurrents

Conservés s’ils sont structurels, reconduits depuis plusieurs exercices et liés à une activité qui continuera après l’opération. Retirés s’ils dépendent d’un dispositif à échéance, d’un programme ponctuel ou d’une éligibilité qui pourrait disparaître avec le changement d’actionnaire.

  • Un crédit d’impôt recherche de 200 000 € par an, conservé ou retiréde valeur en jeu1 200 000 €
07Au cas par cas

Le périmètre

On valorise ce qui change de mains, pas autre chose.

Ce qui sort, ce qui entre

Une activité qui reste chez vous sort du calcul, avec ses produits et ses charges. Une filiale non cédée sort du périmètre de consolidation.

Les frais de gestion (management fees) versés à votre holding sont neutralisés selon leur substance : sans service réel, ils s’apparentent à une remontée de résultat, pas à une charge d’exploitation.

Un salarié qui vous suit après l’opération voit son coût retiré. Le poste à créer pour le remplacer voit son coût ajouté.

L’exemple chiffré

De 420 000 € à 508 000 € d’EBITDA

Exemple illustratif : PME de services, 4,2 M€ de chiffre d’affaires, murs détenus via une SCI familiale. Les montants sont des hypothèses de démonstration.

Du chiffre des états financiers à l’EBITDA normatif. Barre pleine, à droite de l’axe : en plus. Barre en pointillé, à gauche : en moins.
LigneMontantCommentaire
EBITDA comptable420 000 €Le chiffre des états financiers
Rémunération du dirigeanten plus65 000 €160 000 € versés, 95 000 € de coût de marché
Loyer de la SCIen moins48 000 €72 000 € payés, 120 000 € de loyer de marché
Litige prud’homal soldéen plus55 000 €Non récurrent, justifié par le protocole
Plus-value sur cession de véhiculesen moins18 000 €Hors exploitation
Dépenses discrétionnairesen plus34 000 €Deux véhicules et frais mixtes
Crédit d’impôt rechercheinchangé0 €Conservé, structurel depuis six ans
EBITDA normatif508 000 €Soit 88 000 € de plus

88 000 €

d’écart entre l’EBITDA comptable et l’EBITDA normatif, dans cet exemple.

528 000 €

d’écart de valeur d’entreprise, à un multiple de six.

La rémunération du dirigeant, le litige soldé et les dépenses discrétionnaires font monter le résultat retenu. Le loyer de la SCI et la plus-value le font baisser.

Le résultat retenu et le multiple doivent tous deux être justifiés. Les retraitements rendent le calcul plus représentatif de l’activité évaluée.

Ce qu’il faut retenir

  • Le résultat publié est examiné, et souvent ajusté, avant de servir de base à une valorisation.
  • Les sept points d’examen jouent à la hausse comme à la baisse. Seuls ceux que le dossier justifie deviennent des retraitements.
  • Chaque retraitement doit être justifié par une pièce, y compris ceux qui augmentent le résultat, comme les dépenses discrétionnaires ou les charges non récurrentes.
  • Sur une PME, la normalisation peut déplacer plus de valeur que la discussion sur le multiple.

Le calculateur

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Le calculateur applique à votre EBITDA les multiples de votre secteur et donne une fourchette indicative de valeur d’entreprise, avant toute analyse de vos comptes.

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Quels ajustements faut-il examiner dans vos comptes ?

Artis reconstitue le résultat retenu pour l’évaluation et détaille les hypothèses du rapport.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que l’EBITDA normatif ?

C’est l’excédent brut d’exploitation corrigé de tout ce qui ne se reproduira pas ou qui n’est pas au prix du marché : rémunération du dirigeant, loyers versés à une SCI liée, charges et produits non récurrents, dépenses discrétionnaires. C’est lui qui sert d’assiette aux multiples, pas le chiffre brut des états financiers.

Quel impact ces retraitements ont-ils sur la valeur ?

Il peut être important. Sur une PME valorisée six fois son EBITDA, 100 000 € de retraitement déplacent la valeur de 600 000 €. L’effet peut être plus déterminant que le choix du multiple.

Faut-il retraiter la rémunération du dirigeant à la hausse ou à la baisse ?

Dans les deux sens selon les cas. Ce que le dirigeant se verse est remplacé par le coût d’un dirigeant salarié équivalent : un dirigeant sous-payé gonfle artificiellement le résultat, un dirigeant surpayé le masque.