Évaluer un restaurant ou un bar : rentabilité et périmètre
Pour évaluer un restaurant ou un bar, le chiffre d’affaires ne suffit pas. La rentabilité, le bail, l’organisation de l’équipe et les actifs compris dans l’opération doivent être examinés ensemble. Une analyse du périmètre et des conditions d’exploitation permet de comparer les références du secteur sans appliquer un barème de manière automatique.
Données de marché : millésime 2025, mises à jour en août 2026.
Lire les prix observés selon le type d’établissement
En 2025, d’après les cessions publiées au BODACC et exploitées par Altares, un débit de boissons s’est vendu en moyenne 241 863 euros, contre 212 001 euros pour un restaurant traditionnel. Ces deux moyennes décrivent les opérations recensées en 2025, pas la valeur d’un établissement donné.
Des explications possibles, et le marché en 2025
Deux éléments peuvent expliquer cet écart : la licence IV, qui ne se recrée pas, et un pourcentage de chiffre d’affaires plus élevé, lié à la marge d’un comptoir, supérieure à celle d’une cuisine. Plus généralement, dans la restauration, la valeur dépend moins du volume d’activité que de ce qui ne peut pas être répliqué.
Le marché, pour situer l’ensemble : 4 362 cessions de restauration traditionnelle en 2025, en recul de 5,7 %, 3 119 en restauration rapide, 2 509 débits de boissons. L’hôtellerie-restauration représente à elle seule 36,7 % de toutes les cessions de fonds de commerce en France.
Les références de marché et leur base de calcul
| Repère | Fourchette | Base |
|---|---|---|
| Notre référentiel, multiple d’EBITDA, restauration | 2,5× à 4,5×, médiane 3,5× | EBE retraité |
| Multiples observés en HCR, sources de place | 3× à 5×, jusqu’à 4,5-6× sur des affaires structurées | EBE retraité |
| Barèmes de place, restaurant | 50 % à 110 % | chiffre d’affaires hors taxes |
| Barèmes dits « fiscaux », restaurant | 60 % à 190 % | chiffre d’affaires TTC |
| Café et bar, barèmes de place | 85 % à 250 % selon la source | chiffre d’affaires hors taxes |
| Bar, méthode des recettes | 300 à 1 000 fois la recette journalière | TTC |
Hors taxes ou toutes taxes comprises, et aucun statut officiel
La troisième et la quatrième ligne expliquent de nombreux malentendus entre un cédant et son repreneur. Un barème de 80 % « du chiffre d’affaires » ne désigne pas la même chose selon qu’on parle hors taxes ou toutes taxes comprises : à 20 % de TVA, l’écart mécanique est de 20 %. Deux personnes de bonne foi peuvent citer le même barème et se trouver à 100 000 € l’une de l’autre. Ces repères viennent de sources et de bases différentes : ils ne se comparent qu’à base identique et ne s’additionnent pas.
Un mot encore sur ces barèmes : aucun n’a de statut officiel. La source qui diffuse le plus largement le « barème fiscal » le précise elle-même. Personne, dans l’administration, ne publie de table d’évaluation des fonds de commerce. C’est le sujet de notre analyse sur la valorisation d’un fonds de commerce, et notre référentiel de multiples par secteur explique pourquoi nous retenons une fourchette plus resserrée que les sources de place.
Les conditions d’exploitation : bail, extraction, licence
Dans un commerce de flux, le bail vaut souvent davantage que la cuisine. Les praticiens du secteur convergent sur quelques repères que nous retenons également. Ce sont des observations de place, à apprécier dossier par dossier : elles ne s’additionnent pas mécaniquement.
Du loyer à la clause de destination
Le loyer ne devrait pas dépasser 12 % du chiffre d’affaires en restauration traditionnelle. En dessous de 10 %, la situation est saine. Au-delà de 15 %, la décote observée atteint 0,5 à 1,5 fois l’excédent brut. Un bail résiduel de moins de trois ans, ou un bail précaire, coûte une à trois fois l’excédent. Un bail long en rapporte 0,5 à 1.
L’extraction des fumées se paie jusqu’à 50 % de plus qu’un local qui en est dépourvu, conduit d’au moins 400 millimètres, sortie à plus de 8 mètres de toute source de pollution. Une terrasse assortie de son autorisation d’occupation temporaire vaut du même ordre, et l’autorisation se transfère avec le fonds. La licence IV ajoute 10 à 30 % de la valeur et se valorise séparément : 5 000 à 30 000 € en province, 80 000 à 120 000 € à Paris.
Reste la clause de destination, que l’on néglige jusqu’au jour où l’on veut changer de concept : elle doit viser expressément la restauration, faute de quoi le repreneur devra engager une déspécialisation partielle et s’exposer à un déplafonnement du loyer au renouvellement.
Le rôle du dirigeant et la continuité de l’équipe
Un restaurant dont la cuisine repose sur son chef propriétaire vaut en général moins qu’un restaurant dont l’équipe reste. La décote observée va de 20 à 35 % en restauration courante, et jusqu’à la moitié de la valeur en gastronomie. L’analyse examine la capacité de l’équipe à maintenir l’activité et la qualité de l’offre après le départ du dirigeant. Le mécanisme général est décrit dans notre analyse de la dépendance au dirigeant.
La rentabilité retraitée
L’excédent brut qui figure dans vos comptes est rarement celui qui sert à l’évaluation. On y ramène la rémunération du dirigeant au coût de marché d’un exploitant salarié, 80 000 à 120 000 € chargés pour un chiffre d’affaires inférieur à 2 M€. On retraite ensuite les salaires de proches et les postes surrémunérés, les avantages en nature, les charges familiales logées dans l’exploitation, et le loyer d’une société civile immobilière liée, ramené au marché.
L’ampleur cumulée de ces corrections atteint couramment 40 à 60 % de l’excédent affiché. À multiple égal, le retraitement pèse donc fortement sur la valeur obtenue, et il mérite un examen détaillé. Nous le détaillons poste par poste dans notre analyse de l’EBITDA normatif.
Les modalités de cession, du prix au produit net
Le prix affiché n’est pas le produit net. La vente du fonds et la vente des titres de la société ne portent pas sur le même périmètre, et leur passage au produit net diffère. Pour une cession du fonds, trois mécanismes s’interposent.
Droits d’enregistrement, séquestre et plus-value
Les droits d’enregistrement, à la charge de l’acquéreur, suivent l’article 719 du Code général des impôts : exonérés jusqu’à 23 000 €, 3 % jusqu’à 200 000 €, 5 % au-delà. Le séquestre du prix immobilise les fonds 90 jours en principe, 30 si vos déclarations sont à jour, soit en pratique trois mois et demi à cinq mois et demi avant que vous n’en disposiez. La plus-value professionnelle, enfin, peut être totalement exonérée si le prix de cession n’excède pas 500 000 €, partiellement jusqu’à 1 M€, au titre de l’article 238 quindecies, et d’autres régimes existent, notamment en cas de départ à la retraite.
Et si la cession porte sur les titres de la société plutôt que sur le fonds, la trésorerie s’ajoute, les dettes et les comptes courants se déduisent, le stock se règle à part. Deux restaurateurs qui vendent le même établissement au même prix peuvent encaisser des sommes très différentes. Ce passage fait l’objet de notre analyse de la valeur d’entreprise à la valeur des titres.
Les données propres à votre établissement
Les références de marché décrivent des moyennes. Pour situer un établissement, l’évaluation s’appuie sur ses données propres : les comptes des derniers exercices, le bail et son échéance, la licence et les autorisations, l’extraction, l’organisation de l’équipe et le périmètre de la cession, fonds ou titres.
Les limites de l’évaluation
Un fonds n’a pas de valeur exacte. Son prix dépend d’un repreneur, d’un financement et d’un moment autant que des comptes. L’évaluation établit une fourchette argumentée, expose chaque hypothèse et indique ce que les informations disponibles permettent, et ne permettent pas, de conclure. Les limites de la méthode sont décrites dans la méthodologie.
Une moyenne de cessions situe un marché, pas un établissement.
Sur votre entreprise
Vous souhaitez évaluer un restaurant ou un bar ?
Artis examine la rentabilité et les éléments compris dans le périmètre de votre projet.
Le calculateur
Obtenir un premier repère de valeur
Le calculateur applique à votre EBITDA les multiples de votre secteur et donne une fourchette indicative de valeur d’entreprise, avant toute analyse de vos comptes.
Un fonds de commerce s’évalue comme un actif : sa rentabilité, son bail, sa clientèle et les références de son métier. C’est pourquoi l’évaluation commence à 490 € HT.
Ce que le rapport examine est présenté sur la page dédiée à l’évaluation d’un fonds de commerce.
Questions fréquentes
Faut-il raisonner sur le chiffre d’affaires hors taxes ou toutes taxes comprises ?
Les deux conventions circulent, et c’est la première source d’erreur. Avec une TVA à 20 %, un barème exprimé en toutes taxes comprises donne mécaniquement un résultat supérieur de 20 % au même barème exprimé hors taxes. Vérifiez toujours la base avant de comparer deux estimations.
Combien vaut une licence IV ?
Elle se valorise séparément du fonds : de l’ordre de 5 000 à 30 000 € selon les régions, et jusqu’à 80 000 à 120 000 € à Paris, où elle ne se recrée pas.
Mon restaurant vaut-il moins parce que je suis le chef ?
Souvent, et la décote est d’autant plus forte que la cuisine est signée. La décote observée va de 20 à 35 % en restauration courante, et peut atteindre la moitié de la valeur en gastronomie. La réduire est possible, et cela se prépare 12 à 18 mois avant la cession.
Le stock est-il compris dans le prix ?
Le traitement dépend du périmètre de la cession. Dans une cession du fonds, le stock se valorise à l’inventaire et se règle séparément, le jour de la cession. Le rapport doit rendre cette distinction explicite.
Quand est-ce que je touche l’argent ?
Rarement à la signature. Le séquestre du prix court 90 jours en principe, 30 si vos déclarations fiscales sont à jour : comptez en pratique trois mois et demi à cinq mois et demi.
Mon bail est court. Est-ce grave ?
C’est l’un des premiers points qu’examineront le repreneur et son banquier. Un bail résiduel de moins de trois ans coûte couramment une à trois fois l’excédent brut. Le renouveler avant de mettre en vente peut être un investissement utile.
Sources
5
- Altares, exploitation du BODACC, bilan des cessions 2025, publié en juin 2026.
- Mémento Évaluation, Éditions Francis Lefebvre, via les cabinets de transaction.
- Village de la Justice, « Comment valoriser un fonds de commerce de café, restaurant ou brasserie », 2020.
- L’Hôtellerie-Restauration, ratio loyer sur chiffre d’affaires.
- impots.gouv.fr, exonérations de plus-value professionnelle, mise à jour du 17 août 2026.