Artis Valorisation

Évaluer une agence immobilière selon ses activités

Transaction, location, gestion locative et syndic reposent sur des revenus et des organisations différents. Pour évaluer une agence immobilière, il faut distinguer ces activités, examiner la rentabilité du portefeuille et préciser les conditions de transmission. La qualité des mandats, la rétention des clients et les moyens nécessaires à la gestion complètent l’analyse.

Données de marché : millésime 2025, mises à jour en août 2026.

01

Distinguer les activités de l’agence

Une agence immobilière peut réunir plusieurs activités, dont les revenus et les conditions de transmission doivent être analysés séparément.

ActivitéIndicateurRepère publié
TransactionMultiple du chiffre d’affaires0,30× à 0,50×. Certaines sources indiquent de 0 à 30 %, avec une moyenne autour de 15 %
Mise en locationMultiple du chiffre d’affairesenviron 1,0×
Gestion locativeMultiple du chiffre d’affaires2,0× à 2,5×, jusqu’à 200 à 380 % selon les sources
Syndic de copropriétéMultiple du chiffre d’affaires0,8× à 1,5×
Petites structuresMultiple de l’EBITDA3× à 5×
La raison de cet écart

La raison de cet écart est écrite en toutes lettres par les praticiens du secteur : le chiffre d’affaires de transaction se reconstitue chaque année à partir de zéro, mandat après mandat, tandis que la gestion produit des honoraires récurrents sur chaque lot, mois après mois. On ne paie pas le même prix pour un revenu qu’il faut regagner et pour un revenu qui revient.

Une agence de transaction pure vaut donc, en ordre de grandeur, un semestre d’honoraires. Une agence de gestion vaut deux à trois ans des siens.

02

Ce qui fait la valeur d’un portefeuille de gestion

Le mandat de gestion est conclu en considération de la personne du mandataire (intuitu personae) : il est attaché à cette personne. Conséquence pratique : en cession de fonds de commerce, chaque mandat doit être resigné par le propriétaire. En cession de titres de la société, les contrats restent attachés à la personne morale et ne bougent pas.

Le mécanisme de vérification, et un point réglementaire

C’est pourquoi le prix d’un portefeuille est fréquemment assorti d’un mécanisme de vérification. Un taux de re-signature inférieur à 80 % entraîne couramment une révision du prix de 10 à 20 %, et les opérations se structurent avec un complément de prix à six ou douze mois, ou un séquestre partiel. Ces mécanismes relèvent des clauses de cession, que nous traitons par ailleurs.

Au-delà du taux de re-signature, d’autres éléments sont examinés : l’ancienneté des propriétaires, la concentration géographique du parc (un portefeuille dispersé coûte plus cher à gérer et se transmet moins bien), la sinistralité, la qualité de formalisation des mandats, et désormais la part de passoires thermiques, qui atteint 20 à 25 % de certains parcs et peut être traitée comme un risque structurel plutôt que comme un aléa.

Un point réglementaire à connaître, parce qu’il surprend beaucoup de cédants : la carte professionnelle suit la société, pas le fonds de commerce. En cession de fonds, l’acquéreur doit détenir la sienne.

03

Le prix par lot : un repère à définir

Les valorisations à l’unité de gestion circulent entre 2 500 et 4 000 € par lot chez certains intermédiaires, et à 500 ou 1 000 € chez d’autres. Nous ne choisissons pas entre les deux et nous ne faisons pas la moyenne : ces chiffres ne recouvrent vraisemblablement pas le même périmètre, lot d’habitation en gestion locative d’un côté, lot de copropriété en syndic de l’autre. Un chiffre dont on ignore le périmètre ne peut pas servir de repère. C’est le même principe qui gouverne notre référentiel de multiples par secteur : nous citons les sources qui divergent plutôt que d’en fabriquer une moyenne.

04

Un marché en consolidation

La France compte plus de 30 000 agences, et la cession d’une indépendante se situe le plus souvent entre 50 000 et 300 000 €. En face, la consolidation avance vite : un seul groupe gère environ 2,5 millions de lots et a acquis 300 cabinets depuis 2016, et cinq groupes captent près du quart de l’activité de syndic.

Si vous détenez un portefeuille de gestion, vous détenez ce que ces groupes achètent. Une évaluation documentée permet de comparer une offre aux caractéristiques du portefeuille et au périmètre proposé.

05

De la valeur de l’agence à la valeur des titres

Les multiples ci-dessus valorisent une activité, pas vos titres. Trésorerie, emprunts, comptes courants d’associés, dettes fiscales et sociales, complément de prix conditionné : le passage de l’un à l’autre se documente poste par poste, et il pèse ici plus lourd qu’ailleurs puisque le prix est fréquemment assorti d’une clause de révision. Nous lui consacrons une analyse entière, de la valeur d’entreprise à la valeur des titres. Les retraitements de rémunération et de charges, eux, suivent les règles décrites dans l’EBITDA normatif, et le cadre général du fonds de commerce est traité dans notre analyse Évaluer un fonds de commerce.

06

Les données nécessaires à l’analyse

L’évaluation d’une agence s’appuie sur les comptes des derniers exercices, la ventilation des honoraires par activité, le nombre de lots gérés et l’ancienneté des mandats, le taux de re-signature attendu et le mode de cession envisagé, fonds ou titres. Elle aboutit à une fourchette argumentée, sépare les activités, expose chaque hypothèse et indique ce que les informations disponibles permettent, et ne permettent pas, de conclure. Les limites de la méthode sont décrites dans la méthodologie.

Un prix par lot ou un multiple publié ne remplace pas l’analyse des honoraires réels et de la rétention du portefeuille.

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Questions fréquentes

Pourquoi la transaction vaut-elle si peu ?

Parce que son chiffre d’affaires se reconstitue intégralement chaque année. L’acquéreur ne rachète pas un revenu, il rachète une notoriété locale et une équipe, et il sait que l’un et l’autre peuvent partir.

Combien vaut un lot de gestion ?

Les fourchettes publiées varient d’un facteur cinq selon les sources, et selon qu’il s’agit de gestion locative ou de syndic. Nous préférons valoriser le portefeuille sur ses honoraires réels et son taux de rétention plutôt que sur un prix au lot dont le périmètre est incertain.

Vaut-il mieux céder le fonds ou les titres ?

Pour un portefeuille de gestion, la cession de titres évite la re-signature de chaque mandat et préserve donc la valeur. Elle emporte en revanche tout le passif de la société. L’arbitrage se fait avec votre conseil, et il pèse plus lourd ici que dans la plupart des secteurs.

Qu’est-ce qu’un bon taux de re-signature ?

Au-delà de 90 %, le portefeuille est généralement considéré comme stable. En dessous de 80 %, une révision du prix de 10 à 20 % est couramment observée, ou un complément de prix conditionné.

Les passoires thermiques font-elles baisser la valeur ?

Elles peuvent peser sur la valeur, selon la part du parc concernée. Un parc dont un quart des lots est concerné porte un risque de sortie de location qu’un acquéreur peut chiffrer explicitement.

Sources

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  1. Journal de l’Agence, J.-B. Palies, « Bien évaluer son agence immobilière ».
  2. Gest’in, valorisation de portefeuille de gestion locative, 2025.
  3. Données de cession issues du BODACC.