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Crédit-vendeur et complément de prix : comparer les conditions

Un paiement différé et un paiement conditionnel ne présentent pas les mêmes enjeux. Le crédit-vendeur répartit le règlement dans le temps, tandis que le complément de prix dépend de critères convenus. Leur comparaison demande d’examiner les montants, les échéances, les garanties et les hypothèses économiques, avec les conseils chargés de l’opération.

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Deux outils, deux enjeux

Quand un vendeur et un repreneur ne se rejoignent pas sur le prix, deux clauses peuvent aider à conclure. Le crédit-vendeur fait payer une partie du prix plus tard. Le complément de prix, ou earn-out, fait dépendre une partie du prix de ce que l’entreprise réalisera. Les deux sont utiles. Ces mécanismes peuvent répondre à des contraintes de financement ou à un désaccord sur les résultats futurs. Le motif doit être précisé dans chaque opération.

Au-delà du financement, ces clauses indiquent aussi qui porte le risque lié à la part différée ou conditionnelle du prix.

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Le crédit-vendeur : le cédant devient prêteur

Le principe est simple. Une fraction du prix n’est pas payée au jour de la vente. Elle est réglée au cédant selon un échéancier, avec ou sans intérêt, garanti ou non. Le repreneur emprunte moins à la banque. Le vendeur encaisse plus tard, et prend un risque sur la santé de l’entreprise qu’il vient de céder.

Trois questions se posent, et toutes ramènent à la valeur.

Combien ?

Un crédit-vendeur modeste peut être un geste commercial. Un crédit-vendeur qui représente une large part du prix peut signaler que le financeur n’a pas accepté de financer tout le prix demandé, au vu de la capacité de remboursement. Il peut aussi répondre à d’autres motifs, à préciser dans chaque opération. Dans le premier cas, le montant que le financeur accepte de financer dans ce dossier est plus bas que le prix.

Combien de temps ?

Le remboursement vient en général de la trésorerie de l’entreprise, souvent après le remboursement du prêt bancaire, selon le rang prévu au contrat. Un échéancier qui ne tient pas compte de cet ordre risque de ne pas être honoré.

Avec quelles garanties ?

Nantissement des titres, caution personnelle du repreneur, clause de retour à meilleure fortune : chaque garantie a un coût pour le repreneur et une valeur pour le vendeur. Ni l’une ni l’autre ne se négocient bien sans savoir ce que vaut réellement ce qui est vendu.

L’échelonnement de l’impôt

Un avantage fiscal existe pour le vendeur, à l’article 1681 F du CGI : lorsque la cession s’accompagne d’un crédit-vendeur, l’impôt sur la plus-value peut être payé de manière échelonnée, jusqu’au 31 décembre de la cinquième année qui suit la vente, sans dépasser la durée du crédit-vendeur lui-même. Le dispositif concerne les entreprises de moins de 50 salariés dont le chiffre d’affaires ou le total de bilan n’excède pas 10 M€, pour la cession d’une entreprise individuelle ou d’une participation majoritaire, avec des garanties à fournir au Trésor. Il s’est ouvert aux cessions de titres de sociétés en 2019.

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Le complément de prix : payer la valeur haute seulement si elle se réalise

Une évaluation donne en général une fourchette, et ce qui sépare le bas du haut, ce sont des hypothèses sur l’avenir : la croissance se maintient, les marges tiennent, le principal client reste. Le vendeur croit à la valeur haute. Le repreneur ne veut payer que la valeur basse. Le complément de prix peut organiser ce désaccord : un prix fixe aujourd’hui, un complément demain si les hypothèses du vendeur se vérifient.

La clause et son indicateur

Bien rédigé, il repose sur un indicateur que ni l’une ni l’autre des parties ne peut manipuler seule, sur une période courte, avec une méthode de calcul écrite. Mal rédigé, il peut devenir une source de litige. L’analyse Clauses de cession décrit les clauses usuelles.

Un point souvent oublié : il est cohérent d’indexer le complément de prix sur l’indicateur qui a servi à établir la valeur. Si l’évaluation repose sur un EBITDA retraité, un complément indexé sur le chiffre d’affaires récompense une croissance qui ne crée pas forcément de valeur. Ce lien entre l’évaluation et la clause aide à éviter de payer deux fois la même chose.

L’imposition du complément de prix

Fiscalement, le complément de prix est imposé entre les mains du vendeur l’année où il est perçu, selon le régime des plus-values de cession de titres de l’article 150-0 A du CGI, à condition d’être déterminé par une indexation en relation directe avec l’activité de la société cédée. Il l’est même si la cession initiale n’a dégagé aucune plus-value. Le taux applicable est celui de l’année de perception, comme le décrit l’analyse de la plus-value de cession de titres.

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Comparer les montages sur un exemple

Dans cet exemple, une entreprise est évaluée entre 900 000 et 1 200 000 €. Le vendeur demande 1 200 000 €. La banque du repreneur accepte de financer 950 000 € au vu de la capacité de remboursement. Trois montages sont possibles.

MontageCe que le vendeur perçoitRisque associé au paiement
Prix fixe à 950 000 €950 000 € au jour de la ventePas de paiement différé ou conditionnel dans cet exemple
950 000 € plus crédit-vendeur de 250 000 € sur quatre ans1 200 000 € si l’entreprise tientLe risque de défaut du repreneur
950 000 € plus complément de prix jusqu’à 250 000 € sur deux ansEntre 950 000 et 1 200 000 € selon les résultatsLe risque que ses propres hypothèses ne se réalisent pas

Les trois montages ont le même point de départ, 950 000 €, le montant que le financeur accepte de financer dans ce dossier, situé dans le bas de la fourchette. Ce que les clauses répartissent, c’est la part du prix qui dépend de l’avenir. Un vendeur qui connaît sa fourchette sait ce qu’il cède en acceptant un complément de prix. Un repreneur qui la connaît sait ce qu’il risque en acceptant un crédit-vendeur.

L’évaluation aide à expliciter les hypothèses économiques sur lesquelles les modalités de paiement sont discutées.

Ce qu’il faut retenir

Le crédit-vendeur fait payer plus tard, le complément de prix fait payer sous condition. Les deux peuvent couvrir l’écart entre un prix demandé et le montant financé, et les deux transfèrent un risque au vendeur. Leur montant, leur durée et leur indicateur gagnent à être discutés sur une fourchette de valeur établie. L’échelonnement de l’impôt du crédit-vendeur et l’imposition du complément de prix à la perception sont deux règles fiscales à examiner avec vos conseils.

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Questions fréquentes

Quelle part du prix peut raisonnablement être payée en crédit-vendeur ?

Il n’existe pas de règle. Une part faible peut être un geste commercial. Une part élevée peut signaler que le prix dépasse ce que le financeur a accepté de financer sur la capacité de remboursement, ou répondre à un autre motif, à préciser dans chaque opération. Dans les deux cas, le montant se décide à partir de ce que l’entreprise peut rembourser après le prêt bancaire, pas à partir de l’écart à combler.

Le crédit-vendeur est-il garanti ?

Il peut l’être, par un nantissement des titres cédés, une caution personnelle du repreneur ou une garantie bancaire. Sans garantie, le vendeur est un créancier ordinaire de l’entreprise qu’il vient de vendre. Le niveau de garantie se négocie en même temps que le montant et la durée.

Comment est imposé le complément de prix ?

L’année où il est perçu, selon le régime des plus-values de cession de titres, au taux en vigueur cette année-là, et même si la cession initiale n’avait dégagé aucune plus-value. La clause doit indexer le complément sur un indicateur en relation directe avec l’activité de la société cédée.

Sur quel indicateur asseoir un complément de prix ?

De préférence sur celui qui a servi à établir la valeur, le plus souvent le résultat d’exploitation ou l’EBITDA retraité, défini par écrit avec sa méthode de calcul. Un complément indexé sur le chiffre d’affaires peut récompenser une croissance sans rentabilité.

Peut-on échelonner l’impôt sur la plus-value en cas de crédit-vendeur ?

Oui, à l’article 1681 F du CGI, pour les entreprises de moins de 50 salariés dont le chiffre d’affaires ou le bilan n’excède pas 10 M€ : le paiement peut être étalé jusqu’au 31 décembre de la cinquième année suivant la cession, sans dépasser la durée du crédit-vendeur, avec des garanties. La demande se fait auprès du comptable public avant la date limite de paiement.

Sources

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  1. Code général des impôts, article 1681 F (échelonnement de l’impôt sur la plus-value en cas de crédit-vendeur) et article 150-0 A (complément de prix).
  2. Bulletin officiel des finances publiques, BOI-RPPM-PVBMI-20-10-10-20, complément du prix de cession, paragraphes 10, 70 et 80.
  3. Etic Avocats, « Crédit-vendeur : l’échelonnement du paiement de l’impôt lié à la plus-value », consulté en octobre 2026.
  4. Exemple chiffré : illustration d’Artis Valorisation.